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PW Morning Report, January 6, 2009">The PW Morning Report, January 6, 2009
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Nouveaux contes bleus by Edouard Laboulaye



E >> Edouard Laboulaye >> Nouveaux contes bleus

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Fidele partageait l'avis de son maitre. On etait au moment ou les
cailles passent en Afrique; la terre etait couverte d'oiseaux fatigues
qui reprenaient des forces avant de traverser la mer. Fidele n'eut qu'a
se baisser pour faire une chasse de prince; repu de gibier, il se coucha
aux pieds de Gracieux, et se mit a ronfler.

Quand les buffles eurent fini de ruminer, Gracieux, qui jusque-la avait
craint d'etre indiscret, engagea la conversation avec le taureau, qui
montrait un esprit cultive et qui avait une grande experience.

--Etes-vous, lui demanda-t-il, les maitres de ce riche domaine?

--Non, repondit le vieux buffle; nous appartenons, comme tout le reste,
a la fee Crapaudine, reine des Tours Vermeilles, la plus riche de toutes
les fees.

--Qu'exige-t-elle de vous? reprit Gracieux.

--Rien que de porter cet anneau d'or au nez, et de lui payer une
redevance de laitage, reprit le taureau; tout au plus de lui donner de
temps en temps quelqu'un de nos enfants pour regaler ses hotes. A ce
prix nous jouissons de notre abondance dans une parfaite securite; aussi
n'avons-nous rien a envier sur la terre; il n'est personne de plus
heureux que nous.

--N'avez-vous jamais entendu parler du Chateau de la Vie et de la
Fontaine d'immortalite? dit timidement Gracieux, qui, sans savoir
pourquoi, rougissait de faire cette question.

--Chez nos peres, repondit le taureau, il y avait quelques anciens qui
parlaient encore de ces chimeres; plus sages que nos aieux, nous savons
aujourd'hui qu'il n'y a d'autre bonheur que de ruminer et de dormir.

Gracieux se leva tristement pour se remettre en chemin et demanda ce que
c'etait que ces tours carrees et rougeatres qu'il apercevait dans le
lointain.

--Ce sont les Tours Vermeilles, repondit le taureau; elles ferment la
route; il vous faut passer par le chateau de Crapaudine pour continuer
votre voyage. Vous verrez la fee, mon jeune ami, elle vous offrira
l'hospitalite et la fortune. Faites comme vos devanciers, croyez-moi;
tous ont accepte les bienfaits de notre maitresse, tous se sont bien
trouves de renoncer a leurs reves pour vivre heureux.

--Et que sont-ils devenus? demanda Gracieux.

--Ils sont devenus buffles comme nous, reprit tranquillement le taureau,
qui, n'ayant pas acheve sa sieste, baissa la tete et s'endormit.

Gracieux tressaillit et reveilla Fidele, qui ne se leva qu'en
grommelant. Il appela Pensive; Pensive ne repondit pas: elle causait
avec une araignee qui avait etendu entre deux branches de frene une
grande toile qui brillait au soleil et qui etait pleine de moucherons.

--Pourquoi, disait l'araignee a l'hirondelle, pourquoi ce long voyage?
a quoi bon changer de climat et attendre ta vie du soleil, du temps ou
d'un maitre? Regarde-moi, je ne depends de personne et tire tout de
moi-meme. Je suis ma maitresse, je jouis de mon art et de mon genie:
c'est a moi que je ramene le monde, rien ne peut troubler ni mes calculs
ni un bonheur que je ne dois qu'a moi seule.

[Illustration: Crapaudine tendit ses quatre doigts au pauvre garcon,
qui, par respect, fut oblige de les porter a ses levres en s'inclinant.]

Trois fois Gracieux appela Pensive qui ne l'entendait pas; elle etait en
admiration devant sa nouvelle amie. A chaque instant quelque moucheron
etourdi se jetait dans la toile, et chaque fois l'araignee, en hotesse
attentive, offrait la proie nouvelle a sa compagne etonnee, quand tout a
coup un souffle passa, un souffle si leger que la plume de l'hirondelle
n'en fut pas meme effleuree. Pensive chercha l'araignee; la toile etait
jetee aux vents, et la pauvre bestiole pendait par une patte a son
dernier fil, quand un oiseau l'emporta en passant.


VI


Remis en marche, on arriva en silence au palais de Crapaudine; Gracieux
fut introduit en grande ceremonie par deux beaux levriers caparaconnes
de pourpre et portant au cou de larges colliers etincelants de rubis.
Apres avoir traverse un grand nombre de salles toutes pleines de
tableaux, de statues, d'etoffes d'or et de soie, de coffres ou l'argent
et les bijoux debordaient, Gracieux et ses compagnons entrerent dans un
temple rond qui etait le salon de Crapaudine. Les murs en etaient de
lapis; la voute, d'email azure, etait soutenue par douze colonnes
cannelees en or massif, qui portaient pour chapiteaux des feuilles
d'acanthe en email blanc bordees d'or. Sur un large fauteuil de velours
etait place un crapaud gros comme un lapin: c'etait la deesse du lieu.
Drapee dans un grand manteau d'ecarlate tout borde de paillettes
eclatantes, l'aimable Crapaudine avait sur la tete un diademe de rubis
dont l'eclat animait un peu ses grosses joues marbrees de jaune et de
vert. Sitot qu'elle apercut Gracieux, elle lui tendit ses quatre doigts
tout couverts de bagues; le pauvre garcon fut oblige, par respect, de
les portera a ses levres en s'inclinant.

--Mon ami, lui dit la fee avec une voix rauque qu'elle essayait
d'adoucir, je t'attendais, je ne veux pas etre moins genereuse pour toi
que ne l'ont ete mes soeurs. En venant jusqu'a moi, tu as vu une faible
part de mes richesses. Ce palais avec ses tableaux, ses statues, ses
coffres pleins d'or, ces domaines immenses, ces troupeaux innombrables,
tout cela est a toi, si tu veux; il ne tient qu'a toi d'etre le plus
riche et le plus heureux des hommes.

--Que faut-il faire pour cela? demanda Gracieux tout emu.

--Moins que rien, repondit la fee: me hacher en cinquante morceaux et me
manger a belles dents. Ce n'est pas la chose effrayante, ajouta-t-elle
avec un sourire; et, regardant Gracieux avec des yeux encore plus rouges
que de coutume, Crapaudine se mit a baver agreablement.

--Peut-on au moins vous assaisonner? dit Pensive, qui n'avait pu
regarder sans envie les beaux jardins de la fee.

--Non, dit Crapaudine, il faut me manger toute crue; mais on peut se
promener dans mon palais, regarder et toucher tous mes tresors, et se
dire qu'en me donnant cette preuve de devouement on aura tout.

--Maitre, soupira Fidele d'une voix suppliante, un peu de courage, nous
sommes si bien ici!

Pensive ne disait rien, mais son silence etait un aveu. Quant a
Gracieux, qui songeait aux buffles et a l'anneau d'or, il se defiait de
la fee; Crapaudine le devina.

--Ne crois pas, lui dit-elle, que je veuille te tromper, mon cher
Gracieux. En t'offrant tout ce que je possede, je te demande aussi un
service que je veux dignement recompenser. Quand tu auras accompli
l'oeuvre que je te propose, je deviendrai une jeune fille, belle comme
Venus, sinon qu'il me restera mes mains et mes pieds de crapaud. C'est
peu de chose quand on est riche. Deja dix princes, vingt marquis, trente
comtes me supplient de les epouser telle que je suis; devenue femme,
c'est a toi que je donnerai la preference, nous jouirons ensemble de mon
immense fortune. Ne rougis pas de ta pauvrete, tu as sur toi un tresor
qui vaut tous les miens: c'est le flacon que t'a donne ma soeur; et elle
etendit ses doigts visqueux pour saisir le talisman.

--Jamais, cria Gracieux en reculant, jamais! Je ne veux ni du repos ni
de la fortune; je veux sortir d'ici et aller au Chateau de la Vie.

--Tu n'iras jamais, miserable! s'ecria la fee en furie.

Tout aussitot le temple disparut; un cercle de flammes entoura Gracieux,
une horloge invisible commenca de sonner minuit.

Au premier coup, le voyageur tressaillit; au second, et sans hesiter, il
se jeta a corps perdu au milieu des flammes. Mourir pour sa grand'mere,
n'etait-ce pas pour Gracieux le seul moyen de lui temoigner son repentir
et son amour?


VII


A la surprise de Gracieux, le feu s'ecarta sans le toucher; il se trouva
tout a coup dans un pays nouveau avec ses deux compagnons aupres de lui.

Ce pays, ce n'etait plus l'Italie; c'etait une Russie, c'etait la fin
de la terre. Gracieux etait egare sur une montagne couverte de neige.
Autour de lui il ne voyait que de grands arbres couverts de frimas et
qui egouttaient l'eau de toutes leurs branches; un brouillard humide et
penetrant le glacait jusqu'aux os; la terre detrempee s'enfoncait sous
ses pieds; pour comble de misere, il lui fallait descendre une pente
rapide au bas de laquelle on entendait un torrent qui se brisait avec
fracas sur les rochers. Gracieux prit son poignard et coupa une branche
d'arbre pour soutenir ses pas incertains. Fidele, la queue entre les
jambes, jappait faiblement; Pensive ne quittait pas l'epaule de son
maitre, ses plumes herissees se couvraient de petits glacons. La pauvre
bete etait a demi morte, mais elle encourageait Gracieux et ne se
plaignait pas.

Quand, apres des peines infinies, on fut arrive au bas de la montagne,
Gracieux trouva un fleuve couvert de glacons enormes qui se heurtaient
les uns contre les autres et tournoyaient dans le courant. Ce fleuve, il
fallait le passer, sans pont, sans barque, sans secours.

--Maitre, dit Fidele, je n'irai pas plus loin. Que maudite soit la fee
qui m'a mis a votre service et tire du neant!

Ayant dit cela, il se coucha par terre et ne bougea plus; Gracieux
essaya en vain de lui rendre du courage, et l'appela son compagnon et
son ami. Tout ce que put faire le pauvre chien, ce fut de repondre une
derniere fois aux caresses de son maitre en remuant la queue, en lui
lechant les mains; puis ses membres se raidirent, il expira.

Gracieux chargea Fidele sur son dos pour l'emporter au Chateau de la
Vie, et monta resolument sur un glacon, toujours suivi de Pensive. Avec
son baton il poussa ce frele radeau jusqu'au milieu du courant, qui
l'emporta avec une effroyable rapidite.

--Maitre, disait Pensive, entendez-vous le bruit de la mer? Nous allons
a l'abime qui va nous devorer! Donnez-moi une derniere caresse, et
adieu!

--Non, disait Gracieux; pourquoi les fees m'auraient-elles trompe?
Peut-etre le rivage est-il pres d'ici; peut-etre au-dessus du nuage y
a-t-il le soleil. Monte, monte, ma bonne Pensive, peut-etre au-dessus du
brouillard trouveras-tu la lumiere et verras-tu le Chateau de la Vie.

Pensive deploya ses ailes a demi gelees, et courageusement elle s'eleva
au milieu du froid et de la brume. Gracieux suivit un instant le bruit
de son vol; puis le silence se fit, tandis que le glacon continuait sa
course furieuse au travers de la nuit. Longtemps Gracieux attendit;
mais, enfin, quand il se sentit seul, l'espoir l'abandonna; il se coucha
pour attendre la mort sur le glacon qui vacillait. Parfois un eclair
livide traversait le nuage; on entendait d'horribles coups de tonnerre:
on eut dit la fin du monde et du temps. Tout a coup, dans son desespoir
et son abandon, Gracieux entendit le cri de l'hirondelle: Pensive tomba
a ses pieds.

--Maitre, maitre, dit-elle, vous aviez raison; j'ai vu la rive, l'aurore
est la-haut: courage!

Disant cela, elle ouvrit convulsivement ses ailes epuisees et resta sans
mouvement et sans vie.

Gracieux, qui s'etait releve en sursaut, mit sur son coeur le pauvre
oiseau qui s'etait sacrifie pour lui, et, avec une ardeur surhumaine,
il poussa le glacon en avant pour trouver enfin le salut ou la perte.
Soudain il reconnut le bruit de la mer qui accourait en grondant. Il
tomba a genoux et ferma les yeux en attendant la mort.

Une vague haute comme une montagne lui fondit sur la tete, et le jeta
tout evanoui sur le rivage ou nul vivant n'avait aborde avant lui.

[Illustration: Pensive ouvrit convulsivement ses ailes epuisees, et
resta sans mouvement et sans vie.]


VIII


Quand Gracieux reprit ses sens, il n'y avait plus ni glaces, ni nuages,
ni tenebres: il avait echoue sur le sable dans un pays riant, ou les
arbres baignaient dans une lumiere pure. En face de lui etait un beau
chateau d'ou s'echappait une source jaillissante qui se jetait a gros
bouillons dans une mer bleue, calme, transparente, comme le ciel.
Gracieux regarda autour de lui; il etait seul, seul avec les restes de
ses deux amis, que le flot avait portes au rivage. Fatigue de tant
de souffrances et d'emotions, il se traina jusqu'au ruisseau, et, se
penchant sur l'onde pour y rafraichir ses levres dessechees, il recula
d'effroi. Ce n'etait pas sa figure qu'il avait vue dans l'eau, c'etait
celle d'un vieillard en cheveux blancs qui lui ressemblait. Il se
retourna... derriere lui il n'y avait personne... Il se rapprocha de
la fontaine: il revit le vieillard, ou, plutot, nul doute, le vieillard
c'etait lui. "Grandes fees, s'ecria-t-il, je vous comprends; c'est ma
vie que vous avez voulue pour celle de ma grand'mere, j'accepte avec
joie le sacrifice!" Et, sans plus s'inquieter de sa vieillesse et de ses
rides, il plongea la tete dans l'onde et but avidement.

En se relevant, il fut tout etonne de se revoir tel que le jour ou il
avait quitte la maison paternelle: plus jeune, les cheveux plus noirs,
les yeux plus vifs que jamais. Il prit son chapeau tombe pres de la
source et qu'une goutte d'eau avait touche par hasard. O surprise!
le papillon qu'il y avait attache battait des ailes et cherchait a
s'envoler. Gracieux courut a la plage pour y prendre Fidele et Pensive;
il les plongea dans la bienheureuse fontaine. Pensive s'echappa en
poussant un cri de joie, et alla se perdre dans les combles du chateau.
Fidele, secouant l'eau de ses deux oreilles, courut aux ecuries du
palais, d'ou sortirent de magnifiques chiens de garde qui, au lieu
d'aboyer et de sauter apres le nouveau venu, lui firent fete et
l'accueillirent comme un vieil ami. C'etait la fontaine d'immortalite
qu'avait enfin trouvee Gracieux, ou plutot c'etait le ruisseau qui s'en
echappait, ruisseau deja tres affaibli, et qui donnait tout au plus deux
ou trois cents ans de vie a ceux qui y buvaient; mais rien n'empechait
de recommencer.

Gracieux emplit son flacon de cette eau bienfaisante et s'approcha du
palais. Le coeur lui battait, car il lui restait une derniere epreuve;
si pres de reussir, on craint bien plus d'echouer. Il monta le perron
du chateau; tout etait ferme et silencieux; il n'y avait personne pour
recevoir le voyageur. Quand il fut a la derniere marche, pres de frapper
a la porte, une voix plutot douce que severe l'arreta.

--As-tu aime? disait la voix invisible.

--Oui, repondit Gracieux; j'ai aime ma grand-mere plus que tout au
monde.

La porte s'ouvrit de facon qu'on y eut passe la main.

--As-tu souffert pour celle que tu as aimee? reprit la voix.

--J'ai souffert, dit Gracieux, beaucoup par ma faute sans doute, mais un
peu pour celle que je veux sauver.

La porte s'ouvrit a moitie, l'enfant apercut une perspective infinie:
des bois, des eaux, un ciel plus beau que tout ce qu'il avait reve.

--As-tu toujours fait ton devoir? reprit la voix d'un ton plus dur.

--Helas! non, reprit Gracieux en tombant a genoux; mais, quand j'y ai
manque, j'ai ete puni par mes remords plus encore que par les rudes
epreuves que j'ai traversees. Pardonnez-moi, et, si je n'ai pas encore
expie toutes mes fautes, chatiez-moi comme je le merite; mais sauvez ce
que j'aime, gardez-moi ma grand'mere.

Aussitot la porte s'ouvrit a deux battants sans que Gracieux vit
personne. Ivre de joie, il entra dans une cour entouree d'arcades
garnies de feuillage; au milieu etait un jet d'eau qui sortait d'une
touffe de fleurs plus belles, plus grandes, plus odorantes que celles
de la terre. Pres de la source etait une femme vetue de blanc, de noble
tournure, et qui ne semblait pas avoir plus de quarante ans; elle marcha
au-devant de Gracieux et le recut avec un sourire si doux, que l'enfant
se sentit touche jusqu'au fond du coeur et que les larmes lui vinrent
aux yeux.

--Ne me reconnais-tu pas? dit la dame a Gracieux.

--O mere-grand, est-ce vous? s'ecria-t-il: comment etes-vous au Chateau
de la Vie?

--Mon enfant, lui dit-elle en le serrant contre son sein, celle qui m'a
portee ici est une fee plus puissante que les fees des eaux et des bois.
Je ne retournerai plus a Salerne; je recois ici la recompense du peu de
bien que j'ai fait, en goutant un bonheur que le temps ne tarira pas.

--Et moi, grand'mere, s'ecria Gracieux, que vais-je devenir? Apres vous
avoir vu ici, comment retourner la-bas dans la solitude?

--Cher fils, repondit-elle, on ne peut plus vivre sur la terre quand on
a entrevu les celestes delices de cette demeure. Tu as vecu, mon bon
Gracieux; la vie n'a plus rien a t'apprendre. Plus heureux que moi, tu
as traverse en quatre jours ce desert ou j'ai langui quatre-vingts ans:
desormais rien ne peut plus nous separer.

La porte se referma; depuis lors on n'a jamais entendu parler ni de
Gracieux ni de sa grand'mere. C'est en vain que dans la Calabre le roi
de Naples a fait rechercher le palais et la fontaine enchantes; on ne
les a jamais retrouves sur la terre. Mais, si nous entendions le langage
des etoiles, si nous sentions ce qu'elles nous disent, chaque soir, en
nous versant leur doux rayon, il y a longtemps qu'elles nous auraient
appris ou est le Chateau de la Vie et la Fontaine d'immortalite.


IX


Nunziata avait acheve son recit que je l'ecoutais encore; j'admirais ces
yeux ou eclatait une foi naive dans les merveilles que sa mere lui
avait recitees; je suivais le geste de ces petites mains qui semblaient
peindre les hommes et les choses.

--Eh bien! Excellence, me cria le pecheur, vous ne dites rien? La
marchesina vous a charme comme elle en a charme tant d'autres. C'est
qu'aussi ce ne sont pas la des contes; nous vous montrerons a Salerne la
maison de Gracieux.

--C'est bien, patron, lui repondis-je un peu honteux de m'etre amuse de
pareilles fables. L'enfant conte agreablement, et, pour l'en remercier,
des que nous serons a terre, je veux lui acheter un chapelet d'ivoire
avec de gros grains d'argent.

Elle rougit de plaisir, je l'embrassai, ce qui la rendit plus rouge
encore, tandis que le pere me regardait et tournait vers ses compagnons
des yeux brillants de joie.

--Demain, dit-il, demain, si vous le permettez, Excellence, elle vous
recitera une histoire plus belle encore, et qui vous fera rire et
pleurer.

Le lendemain, nous allions d'Almalfi a Salerne, et Nunziata... Mais
ceci est un secret que je garde pour l'an prochain, si le conte de
Gracieux n'a pas trop ennuye le lecteur.




TABLE

Contes islandais
Zerbin le farouche
Le pacha berger
Perlino
La sagesse des nations ou Les voyages du capitaine Jean
Le chateau de la vie






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